Rooms : la nouvelle app de Facebook soupçonnée de plagiat

Vous en avez probablement entendu parler, Facebook a publié hier sa nouvelle application Rooms sur l’App Store aux États-Unis et en Angleterre. À fond dans la tendance actuelle vers plus de vie privée, cette app propose paradoxalement de s’affranchir de Facebook pour communiquer à plusieurs : après avoir choisi un pseudo, l’utilisateur peut rejoindre ou créer une « Room », ouverte ou fermée, et discuter avec les autres membres de ce salon. Le principe rappellera aux nerds et aux vieux de la vieille IRC, qui offrait des fonctionnalités similaires. Sauf qu’IRC n’est pas le seul antécédent à Rooms. Et un autre, bien plus récent cette fois, risque d’être autrement plus gênant. Cette application, c’est Room (au singulier, nuance !), lancée il y a à peine plus d’un mois par une équipe de deux développeurs parisiens et new-yorkais. Et le moins qu’on puisse dire est que la comparaison est troublante. Mais quand le fondateur de cette start-up me raconte au téléphone l’histoire de cette dernière, l’impression de plagiat paraît encore plus justifiée…

Room est d’abord l’idée de Frank-David Cohen et part d’un constat simple : les réseaux sociaux ont bouleversé nos vies par leur simplicité et leur confort d’utilisation, mais ne respectent que peu notre vie privée. Or, si nous voulons (presque) tous s’échanger des photos de nos vacances ou de nos soirées, des mots et des infos, c’est rarement à toutes nos connaissances. Encore moins que ces choses trainent en clair sur le serveur d’une entreprise qui se fait des millions sur notre dos. Ainsi, Frank-David Cohen commence le développement de son application en février 2014 et démarche les premiers investisseurs au mois de mars. Rapidement, son ami Damien Rottemberg rejoint l’équipe. À cette époque, le projet est confidentiel et seuls les investisseurs sont au courant. Six mois plus tard, le 18 septembre, Room apparaît sur la boutique d’application d’Apple. Dès lors, l’information circule dans le cercle d’amis des deux développeurs qui compte notamment plusieurs acteurs du web, dont certains employés chez Facebook.

Afin d’éviter un lancement ingérable du service, peu de communication est faite et l’application ne connaît pas de reprise médiatique. Moins d’un mois plus tard, le NY Times et d’autres médias relayent la rumeur selon laquelle Facebook préparerait une application axée sur la confidentialité et c’est finalement le 23 octobre que Rooms est présentée par Facebook et publiée sur l’App Store. Malgré le peu d’écho médiatique de Room, il paraît, selon Frank-David Cohen, « impensable que Facebook n’ait pas entendu parler de Room […]. Ils se sont forcément renseignés sur ce qu’il se faisait dans ce genre d’applications […]. Je ne crois pas aux coïncidences, et qu’une application avec les mêmes fonctionnalités et le même nom soit créée ne peut pas en être une ».

Quant au combat juridique qui devrait s’en suivre, même si la marque est déposée et la description des deux applications similaire,  Cohen ne manque pas d’appuyer sur l’asymétrie entre sa toute petite entreprise et l’armée de juristes de Mark Zuckerberg. Sans hésitation, il compte bien poursuivre Facebook, mais s’il refuse a priori la possibilité que le réseau social signe un chèque pour clore le dossier (pour une acquisition ou une compensation), il accepterait néanmoins que Facebook change le nom de son application et que la concurrence se fasse à la loyale.

Aux dernières nouvelles, datant d’avant le lancement de Rooms par le géant américain, le nouveau-né des réseaux sociaux comptait 1300 inscrits. Or, avec ses 1,3 milliards d’utilisateurs, il ne fait nul doute que le service de Facebook parte avec une certaine longueur d’avance. Néanmoins, Cohen rappelle l’un de atouts de son service : son modèle économique, qui restera jalousement caché de Facebook. La seule information divulguée est qu’il « ne sera jamais question de vendre les données des utilisateurs à quiconque ». Et c’est peut-être la que Room peut encore tirer son épingle du jeu : alors que la multinationale est entachée par de nombreuses affaires concernant les données personnelles, la jeune start-up part immaculée et rien ne permet encore de contredire sa bonne volonté.

Pour information, j’ai également contacté le service presse de Facebook, qui n’a pas encore donné de réponse à ma demande d’interview.