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Projet Route 66

Un projet simple quoiqu’un peu taré, mené pendant deux ans par un groupe de profs et d’élèves du Lycée Autogéré de Paris : parcourir la Route 66. La même route empruntée par les prolos américains pendant la Grande Dépression, fuyant l’Est pour trouver du taf en Californie. Une route immense, traversant 8 états, des plus humides aux plus arides, et au moins autant d’histoires et de cultures, de tribus indiennes et de reprises de Get Your Kicks On Route 66.

Ce projet, deux profs en étaient à l’origine : Perrine, la prof d’Anglais ; Jean-Luc, le prof de « Sciences Nat' », comme il disait. Ils étaient en couple et à la rentrée 2009, leur idée était dévoilée à l’Assemblé Générale de présentation des projets de l’année. C’était ma première rentrée dans ce lycée et je suis tout de suite monté dans le van, bien aidé par mon pote Thibaut qui avait mieux saisi son potentiel que moi.

Emploi du temps LAPien oblige, nous nous sommes ensuite réunis tous les jeudis avec les autres clochards célestes, de 14h à 18h afin de développer le thème, celui de la route en général et de l’Interstate 66 en particulier, et préparer tout ce qu’il fallait pour que ça marche. Les repas organisés à la Rôtiss’ et les soirées au LAP se sont vite enchaînés pour permettre de récolter un maximum de thunes et ainsi éviter de devoir trop filer de notre poche. On se marrait pas mal, faut le dire ! C’était bien sûr pas toujours aussi cool, on a évidemment eu quelques engueulades, des grosses prises de tête, pas mal de doutes, mais le projet commençait à avoir de la gueule !

Vers la rentrée suivante, Jean-Luc a commencé à tousser. Faut quand même préciser qu’au LAP, pour peu qu’on y soit souvent, on côtoie tout le monde en permanence et on arrive vite à se connaître plutôt bien. En l’occurrence, Jean-Luc était un sacré personnage. Je me rappelle notamment de la première fois où je me suis retrouvé chez lui, à l’occasion d’un dîner avec Perrine autour d’un verre de rouge, pour finir les restes du Chili de la Rôtiss’ de la veille. Sa bibliothèque m’avait fascinée avec sa collection de bouquins de vieil anar’, remplie d’histoires de flibustiers, de révoltes ukrainiennes et sur la commune de paris.

Chaque fois qu’il toussait, j’avais l’impression que ça venait toujours de plus profond ; sa forme s’amenuisait petit à petit, on a commencé à le voir de moins en moins. Un jour, il s’est finalement résigné à prendre un congé maladie. Les semaines commençaient à passer, chacune d’elle accompagnée de sa promesse de retour imminent. J’ai essayé de l’appeler plusieurs fois pour choper des nouvelles, mais je ne l’ai jamais eu directement. « Il vous verra quand il sera sorti ». Vous vous doutez de la suite. Le 2 janvier 2011, Hélène m’appelle, Jean-Luc est mort la veille.

Les mois suivants ont franchement pas été faciles. Gros doutes, quelques questions, est-ce qu’on aurait assez de biff’ pour faire tout l’itinéraire ? Quel prof prendrait la place de Jean-Luc pour nous accompagner ? Finalement, Olivier aka Wücher nous a rejoint, et c’est peu dire qu’il a été important. Rien qu’au niveau émotionnel, il nous a bien aidé à garder le cap et à nous re-motiver. Le départ approchant vite, les billets en poche, on a bouclé l’organisation et fait une dernière soirée, puis on est enfin partis, le 14 avril 2011. C’était parti pour trois semaines de route à onze à bord d’un van.

En attendant la numérisation des mes huit péloches de néga’, petite sélection des photos prises avec mon iPhone.

À Jean-Luc, Perrine, Wücher, Thibaut, Lucille, Victor, Angelo, Marie, Antoine, Prune et Chloé.

Une réflexion au sujet de « Projet Route 66 »

  1. C’est une belle histoire super bien écrité, j’en ai eu des frissons.
    Grâce à ce texte tu honores sa mémoire d’une belle façon.
    Bravo!

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